VSCD : ces expériences troublantes de contact avec un défunt et leur place dans le processus de deuil

Percevoir la présence d'une personne décédée. Entendre sa voix. Sentir son parfum. Rêver d'elle avec une intensité inhabituelle. Avoir soudain l'impression très nette qu'elle est là, près de soi.

Ces expériences peuvent être profondément bouleversantes.

Certaines personnes en parlent avec soulagement, d'autres avec émerveillement. Certaines ont peur. Beaucoup, surtout, n'osent pas en parler de crainte d'être prises pour “folles”, de ne pas être crues ou d'entendre que “ce n'est que dans leur tête”.

Pourtant, ces vécus sont loin d'être rares dans le contexte du deuil. Ils font aujourd'hui l'objet de nombreuses recherches en psychologie et en études sur le deuil.

On les désigne notamment, en français, sous le terme de VSCD : vécus subjectifs de contact avec un défunt.

Mais de quoi parle-t-on exactement ? Que disent les études ? Et quel rôle ces expériences peuvent-elles jouer dans le processus de deuil ?

Qu'est-ce qu'un VSCD ?

Un vécu subjectif de contact avec un défunt désigne une expérience au cours de laquelle une personne endeuillée a le sentiment d'avoir perçu, rencontré ou été en contact avec quelqu'un qui est mort.

Le mot subjectif est important.

Il ne signifie pas que l'expérience est « inventée » ou sans importance. Il signifie que la science ne peut pas, à ce jour, établir objectivement l'origine de l'expérience. Une même expérience peut donc être interprétée de différentes manières : comme une manifestation du fonctionnement de notre perception et de notre attachement, comme une expérience spirituelle, comme la poursuite d'un lien avec la personne décédée… ou autrement encore.

L'expérience, elle, peut être vécue comme totalement réelle par la personne qui la rapporte.

Dans la littérature scientifique anglophone, plusieurs termes sont utilisés selon l'approche choisie : sensory and quasi-sensory experiences of the deceased (expériences sensorielles et quasi-sensorielles du défunt), sense of presence (sentiment de présence), bereavement hallucinations (hallucinations liées au deuil) ou encore after-death communications, souvent abrégé en ADC. Cette diversité des termes montre aussi qu'il n'existe pas une seule explication consensuelle à ces expériences.

À quoi peut ressembler un contact avec un défunt ?

Les VSCD peuvent prendre des formes très différentes.

Une personne peut, par exemple :

  • sentir la présence du défunt près d'elle ;

  • avoir l'impression qu'il se trouve dans une pièce ;

  • le voir, brièvement ou de façon plus détaillée ;

  • entendre sa voix, son rire ou quelques mots ;

  • sentir une odeur associée à lui, comme son parfum ou l'odeur de ses vêtements ;

  • ressentir une impression tactile, comme une main sur son épaule ou la sensation d'une présence sur le lit ;

  • faire un rêve particulièrement intense, parfois vécu comme très différent d'un rêve ordinaire ;

  • avoir le sentiment de recevoir un message, sans forcément entendre de mots ;

  • percevoir soudainement une proximité, un apaisement ou une présence identifiable.

Ces expériences peuvent survenir quelques jours après un décès, mais aussi plusieurs mois, voire plusieurs années plus tard.

Elles peuvent être spontanées, inattendues et très brèves. Et c'est justement leur caractère soudain et leur impression de réalité qui peuvent surprendre profondément la personne qui les vit.

« Je ne suis pas folle, j'ai vraiment senti qu'il était là »

C'est souvent la première inquiétude des personnes qui vivent ce type d'expérience.

Et c'est précisément là que les recherches apportent un éclairage important : les expériences perceptives ou quasi-perceptives du défunt sont relativement fréquentes dans le deuil et ne sont pas, à elles seules, le signe d'un trouble psychiatrique.

L'une des études historiques les plus connues a été menée en 1971 par le médecin gallois W. Dewi Rees auprès de 293 veuves et veufs. Près de la moitié des personnes interrogées ont rapporté avoir eu, après la mort de leur conjoint, une expérience de présence, d'apparition ou de perception du défunt. Ces expériences n'étaient pas associées, dans cette étude, à l'isolement social ni à une dépression connue. Rees les considérait comme des phénomènes fréquents et potentiellement aidants dans le veuvage.

Les recherches plus récentes vont également dans le sens d'une forte fréquence, même si les chiffres varient selon les populations étudiées et la manière de définir le phénomène. Une revue interdisciplinaire souligne que ces expériences peuvent être très courantes chez les personnes endeuillées et qu'elles prennent des formes sensorielles ou non sensorielles très variées.

Autrement dit : vivre une expérience de ce type pendant un deuil n'est pas exceptionnel.

Que montrent les études les plus récentes ?

Une vaste enquête internationale publiée à partir de 991 cas exploitables, comprenant notamment des participants francophones, anglophones et hispanophones, s'est intéressée à la manière dont les personnes décrivent leurs expériences spontanées de contact avec un défunt.

Parmi les expériences rapportées, les perceptions pouvaient notamment être :

  • visuelles : 46 % ;

  • auditives : 44 % ;

  • tactiles : 48 % ;

  • olfactives : 28 % ;

  • et 34 % des personnes rapportaient un sentiment de présence sans perception relevant directement des cinq sens.

Les participants décrivaient fréquemment ces expériences comme différentes d'une simple pensée ou d'un souvenir du défunt. Beaucoup avaient l'impression que la présence se situait dans un espace précis et que l'expérience possédait une qualité de réalité particulière.

Il faut toutefois rester prudent dans l'interprétation de ces résultats.

Une étude peut décrire la fréquence et la phénoménologie d'une expérience, c'est-à-dire la manière dont elle est vécue. Cela ne permet pas de démontrer scientifiquement que la conscience d'une personne décédée est réellement à l'origine de cette expérience.

C'est une distinction essentielle.

La science peut étudier ce que les personnes vivent, quand elles le vivent, comment elles le décrivent et quelles conséquences cela peut avoir sur leur deuil. En revanche, la question de savoir si le défunt est réellement présent relève aujourd'hui d'interprétations qui dépassent ce que les données scientifiques permettent d'affirmer.

Pourquoi ces expériences peuvent-elles survenir pendant un deuil ?

Il n'existe pas une explication unique.

Le deuil bouleverse profondément notre rapport au monde. Lorsqu'une personne importante meurt, son absence entre en contradiction avec des années, parfois des décennies, de présence.

Nous avons été habitués à entendre sa voix, à la voir arriver, à lui parler, à anticiper ses réactions.

Notre cerveau, notre mémoire, notre corps et notre quotidien ont intégré cette personne.

Après sa mort, la relation ne disparaît donc pas instantanément de notre monde intérieur.

Certaines approches psychologiques considèrent que des expériences comme le sentiment de présence peuvent être liées à cette adaptation progressive à l'absence : nos attentes perceptives et notre attachement continuent, pendant un temps ou parfois beaucoup plus longtemps, à intégrer la personne dans notre expérience du monde.

D'autres personnes donnent à leur expérience une signification spirituelle ou religieuse.

Et pour certaines, aucune explication ne s'impose vraiment.

Elles savent simplement qu'elles ont vécu quelque chose qui les a profondément touchées.

C'est pourquoi, dans l'accompagnement du deuil, il peut être plus juste de ne pas chercher immédiatement à imposer une interprétation, mais plutôt à se pencher sur “Qu’est-ce que cette expérience a représenté pour vous ?”.

Les VSCD et la théorie des liens continus

Pendant longtemps, la vision dominante du deuil reposait sur l'idée qu'il fallait progressivement “faire son deuil” en se détachant de la personne décédée.

Aujourd'hui, les modèles du deuil sont plus nuancés.

La théorie des liens continus propose notamment que l'adaptation à une perte ne passe pas nécessairement par la rupture complète du lien avec le défunt.

La relation change.

Elle ne peut plus exister de la même manière dans le monde concret, mais elle peut continuer autrement : à travers les souvenirs, les valeurs transmises, les conversations intérieures, les objets, les rituels, l'influence que la personne continue d'avoir sur nos choix… et parfois à travers des expériences de présence ou de perception du défunt.

Une revue systématique publiée en 2023, portant sur 79 études, souligne que ces liens continus peuvent jouer un rôle dans la reconstruction de sens, la transformation de la relation, l'identité de la personne endeuillée et son adaptation à la mort. Les effets peuvent cependant être complexes : ces liens peuvent être sources de réconfort, mais aussi parfois de détresse.

C'est un point essentiel : maintenir un lien symbolique ou intérieur avec une personne décédée ne signifie pas nécessairement être “bloqué dans son deuil”.

Parfois, au contraire, la possibilité de transformer ce lien permet progressivement d'intégrer la perte.

Quel rôle les VSCD peuvent-ils jouer dans le processus de deuil ?

Pour beaucoup de personnes, ces expériences sont associées à un sentiment de réconfort.

Elles peuvent, par exemple, permettre de :

Apaiser certaines angoisses

La personne peut ressentir que son proche “n'a pas complètement disparu” de son univers intérieur.

Cette impression peut diminuer le sentiment d'abandon ou de solitude.

Maintenir une forme de lien

L'expérience peut devenir un élément de la relation transformée avec le défunt.

La personne ne parle plus à quelqu'un qui est physiquement présent, mais elle peut continuer à sentir que cette relation a une place dans sa vie.

Donner du sens

Un VSCD peut amener à réfléchir autrement à la mort, à la spiritualité, à la conscience ou à la relation avec le défunt.

Une revue systématique qualitative publiée en 2026, qui a synthétisé 14 études et 1 971 participants endeuillés, conclut notamment que ces expériences peuvent être psychologiquement et existentiellement significatives. Elles sont souvent associées au maintien d'un lien avec le défunt, à la reconstruction de sens et à une régulation émotionnelle, tout en étant fortement influencées par les croyances et l'environnement social de la personne.

Soutenir la transformation de la relation

Parfois, l'expérience semble permettre à une personne de passer progressivement d'une relation fondée sur la présence physique à une relation intérieure.

Le défunt n'est plus accessible de la même façon.

Mais l'amour, les souvenirs, l'influence et la place de cette personne dans notre histoire peuvent continuer d'exister.

Mais ces expériences ne sont pas toujours rassurantes

Il serait faux de présenter tous les VSCD comme doux ou réconfortants.

Certaines personnes sont profondément effrayées par ce qu'elles vivent.

Elles peuvent se demander :

« Est-ce que je deviens folle ? »
« Pourquoi est-il venu me voir ? »
« Est-ce que quelque chose de mauvais va arriver ? »
« Est-ce vraiment lui ? »

Dans une étude consacrée spécifiquement aux expériences vécues comme effrayantes ou négatives, les chercheurs ont analysé 108 témoignages issus d'une enquête plus large. Les résultats montrent que la peur peut être importante, mais souvent ambivalente et transitoire. Les chercheurs soulignent également la nécessité de prendre en compte le contexte de chaque expérience plutôt que de la réduire automatiquement à une seule explication.

La réaction de l'entourage peut également jouer un rôle majeur.

Une expérience initialement neutre ou réconfortante peut devenir source d'angoisse si la personne entend :

« Tu devrais consulter, ce n'est pas normal. »

À l'inverse, une expérience inquiétante peut devenir plus supportable lorsqu'elle peut être racontée sans jugement.

Peut-on parler de VSCD sans imposer une croyance ?

Oui.

Et c'est probablement l'un des enjeux les plus importants de l'accompagnement.

Accueillir le récit d'une personne ne signifie pas devoir confirmer une explication précise.

On peut dire :

« Je te crois quand tu me dis que tu as vécu quelque chose de très réel et de très marquant pour toi. »

Cela ne revient pas à affirmer :

« Je sais avec certitude que le défunt était réellement présent. »

Cette position permet de respecter à la fois l'expérience vécue par la personne et les limites de ce que nous pouvons objectivement savoir.

Une personne peut interpréter son expérience comme un contact réel avec son proche.

Une autre peut la comprendre comme une manifestation de son attachement et de son processus de deuil.

Une troisième peut ne pas savoir quoi en penser.

Toutes ces positions peuvent être entendues sans chercher à leur imposer une réponse.

Comment accompagner une personne qui raconte avoir vu, entendu ou senti un défunt ?

Avant toute chose : ne pas se moquer et ne pas minimiser.

Quelques questions simples peuvent aider :

  • Comment as-tu vécu ce moment ?

  • Qu'est-ce qui t'a le plus marquée ?

  • Était-ce plutôt réconfortant, effrayant ou les deux à la fois ?

  • Qu'est-ce que tu penses que cela signifie pour toi ?

  • Est-ce que tu as déjà osé en parler à quelqu'un ?

  • Est-ce que cette expérience change quelque chose dans la façon dont tu vis ton deuil ?

Il est important de laisser la personne raconter avec ses propres mots.

Car ce qui peut être thérapeutique n'est pas forcément de déterminer ce qui s'est réellement passé, mais parfois de pouvoir explorer ce que cette expérience vient toucher dans son histoire, son chagrin et sa relation avec la personne décédée.

Les travaux scientifiques récents recommandent d'ailleurs une approche ouverte et non jugeante, notamment parce que la honte ou la peur d'être considéré comme « anormal » peuvent empêcher les personnes endeuillées de parler d'expériences pourtant relativement fréquentes.

Quand faut-il demander un accompagnement professionnel ?

Un VSCD, à lui seul, ne signifie pas nécessairement qu'il y a un problème de santé mentale.

En revanche, un accompagnement peut être particulièrement utile lorsque l'expérience :

  • provoque une peur intense et durable ;

  • s'accompagne d'une grande désorganisation dans le quotidien ;

  • empêche la personne de dormir ou de se sentir en sécurité ;

  • s'inscrit dans une souffrance psychique importante ;

  • survient avec d'autres symptômes inquiétants ou une détérioration de l'état psychique ;

  • devient source d'une détresse que la personne n'arrive pas à apaiser.

L'important est alors d'évaluer la situation dans sa globalité, sans diagnostiquer une personne uniquement parce qu'elle dit avoir senti, entendu ou vu quelqu'un qui est mort. Les recommandations issues des travaux de synthèse sur ces expériences insistent justement sur la nécessité de ne pas les pathologiser automatiquement, tout en restant attentif à une éventuelle détresse ou à une aggravation clinique.

Et si cette expérience faisait simplement partie de votre histoire de deuil ?

Le deuil ne consiste pas seulement à apprendre à vivre avec une absence.

Il consiste aussi, pour beaucoup de personnes, à transformer une relation.

À trouver une nouvelle place à quelqu'un qui ne peut plus être là physiquement.

Les VSCD peuvent parfois participer à cette transformation.

Ils peuvent bouleverser.

Ils peuvent rassurer.

Ils peuvent faire peur.

Ils peuvent aussi rester mystérieux.

Et peut-être n'avons-nous pas toujours besoin de trancher immédiatement la question de savoir ce qu'ils sont.

Parfois, la question la plus importante est simplement :

Qu'est-ce que cette expérience a changé pour vous ?

Parce que, quelle que soit l'explication que vous lui donnez, ce que vous avez ressenti mérite d'être accueilli avec respect.

Vous avez vécu une expérience de contact avec une personne décédée ?

Peut-être avez-vous senti sa présence.

Peut-être l'avez-vous entendu, aperçu ou rêvé avec une impression de réalité bouleversante.

Peut-être vous demandez-vous encore, des mois ou des années plus tard, ce qui s'est réellement passé.

Dans mes accompagnements autour du deuil, je vous propose un espace pour déposer ce que vous vivez, sans jugement et sans vous imposer d'interprétation.

Nous pouvons explorer ensemble la place que cette expérience prend dans votre histoire, ce qu'elle vient toucher dans votre relation avec la personne décédée et la manière dont vous avancez aujourd'hui avec son absence.

Parce qu'il n'existe pas une seule bonne façon de vivre un deuil.

Et parce que certaines expériences, même lorsqu'elles restent inexpliquées, peuvent avoir beaucoup à nous raconter.

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